NOTES SUR LE CUIRASSÉ BRENNUS

Sources : "MARINE GUERRE ET COMMERCE" (Article de M. Luc FERON) et "LA NOUVELLE REVUE MARITIME" (Article de M. Jean MEIRAT)

CARACTERISTIQUES :

   Dimensions : Déplacement d'origine 10 983 tonnes à pleine charge - longueur hors tout 114,46 m - largeur hors tout 20,62 m - tirant d'eau avant 7,70 m, arrière 8,49 m, moyen 8,19 m - à l'origine, deux mâts militaires, hauts de 37,67 m à l'avant et de 32,40 m à l'arrière.

  Propulsion : Deux machines Indret à pilon et à 4 cylindres - 32 chaudières Belleville timbrées à 17 kg - Deux hélices à 4 pales de 5,4 m de diamètre - puissance prévue 13 500 CV - charbon 585 t et à pleine charge 745 t - rayon d'action à pleine charge 741 milles à 17 noeuds - deux cheminées rectangulaires de 15,04 m de hauteur.

  Protection : Poids total 3 743 t - ceinture cuirassée de 300/400 mm d'épaisseur, d'une hauteur totale de 1,98 m à 2,10 , dont le can(16) supérieur est de 0,32 m à l'arrière, au dessus de la flottaison - cuirasse mince de 100 mm d'épaisseur d'une hauteur totale de 2,20 m à l'avant, 1,20 m au milieu et de 0,90 m à l'arrière - deux ponts blindés de 60 et 20 mm - tourelles de 340 : 400/450 mm - tourelles de 164,7 mm : 100 mm - réduit cuirassé : 110 mm - blockhaus : 120 mm - double coque, sauf pour les deux premiêres tranches avant - 10 cloisons étanches transversales formant 11 tranches, totalisant 185 compartiments étanches.

Le Brennus en 1894

Le cuirassé Brennus en rade de Lorient peu après son premier armement pour
essais le 17 août 1894 (Photo Constructions navales)


   Armement :
- Trois 340 Mle 1887 (tourelle double avant et simple arrière) approvisionnés d'abord à 117 coups au total, plus tard à 183 coups
- Dix 164,7 Mle 1893 (quatre en tourelles simples et deux casemates de trois pièces) avec au total 1 525 coups
- Quatre 65 Mle 1891 simples avec 1 611 coups
- Deux 65 Mle 1881 pour la compagnie de débarquement
- A l'origine, deux 37 Mle 1885 qui furent supprimés
- Seize 47 Mle 1885 simples avec 7 608 coups dont, à l'origine, quatre dans chaque hune avant et arrière
- Quatre tubes lance-torpilles de 450
- Six projecteurs de 60 mm

   Drôme(17) :
1 vedette White, 2 vapeurs, 1 chaloupe, 3 canots, 2 baleinières, 1 youyou(18), 2 berthons(19), 1 plate à l'origine comportant en plus 2 canots, 2 baleinières et une plate, qui furent supprimés lors de l'allègement des hauts

   Effectifs :
696 officiers et hommes au total

CONSTRUCTION :

M. Luc FERON, dans un article publié par la revue MARINE GUERRE ET COMMERCE (N°14 - Juillet 1991), affirme que le cuirassé Brennus était "un navire parfaitement raté, complètement périmé à son entrée en fonction, et qui rendit peu de service en escadre.
Alors que la construction des quatre cuirassés Hoche, Marceau, Neptune et Magenta était acquise, et déjà commencée pour ce qui concerne les trois premiers, la décision fut prise en 1882 de mettre en chantier deux nouvelles unités à l'arsenal de Lorient et à celui de Toulon.
Les nouveaux cuirassés devaient être inspirés de la technique utilisée à cette époque en Italie et en Angleterre sur les cuirassés Dandolo et Inflexible. Comme leurs homologues étrangers, ces cuirassés devaient porter une artillerie principale de quatre pièces de gros calibre, réparties dans deux tourelles fermées disposées en biais au centre de la coque. Comme sur les "Magenta" cette artillerie aurait été constituée de pièces du calibre 34."

Construction du Brennus

Construction du Brennus
Mise en place d'une ancre

Entre 1882 et 1888 les plans subissent de nombreuses modifications qui retardent la construction. Le Brennus est lancé le 17 octobre 1891. Le prix de la construction est de 25 083 675 F.
Lors des essais de stabilité en 1894 le poids de son artillerie battant tribord et celui des 750 hommes rangés du même bord lui donnent une gîte d'environ 28°, avec les volées(20) des 164,7 entrant dans l'eau jusqu'à mi-tube. La décision est prise d'alléger les hauts. Le can supérieur de la ceinture cuirassée, large de près d'un mètre et à une vingtaine de centimètres en moyenne au dessus de l'eau, est accusée d'aggraver le danger de chavirement. Les travaux d'allègement comprennent :
-  la suppression du mât militaire arrière, remplacé par un mât de signaux à pible(21) de 33,08 m de haut;
- la suppression des enveloppes des cheminées;
- le remplacement, au pont supérieur, des grands portiques pour embarcations par des bossoirs plus légers;
- le débarquement des cinq embarcations mentionnés;
- la pose d'un soufflage(22) appuyé sur le can supérieur de la ceinture cuirassée.

Le 1er décembre 1894 les travaux sont terminés et le Brennus est mis en réserve. Il arme pour des essais de stabilité qui semblent donner satisfaction en août 1895. Cependant ces essais sont arrêtés par suite d'une avarie de servo-moteurs, puis par l'échauffement anormal des bielles et enfin, en raison de l'échauffement des pompes de circulation. En décembre il atteint 17,10 noeuds et est affecté le 26 janvier 1896 à l'escadre de Méditerranée...

En 1900 on installe sur le Brennus la T.S.F., pour laquelle on grée au mât avant un mât de flèche qui porte sa hauteur totale à 46,70 m et à l'arrière un autre mât de flèche atteignant 48,90 m.
C'est à cette époque que le Brennus s'adorne d'une figure de proue : un buste en bois de Cérês, ramené par son commandant, le C.V. Boué de Lapeyrère, virilisé par le rabotage des bossoirs et l'addition de longues moustaches à la gauloise et coiffé d'un casque ailé en cuivre jaune...

Le Brennus devient, en 1911, bâtiment amiral de la Division de Ecoles, puis est placé, l'année suivante, en réserve normale. Il est désarmé en 1914 et utilisé comme annexe du Ve Dépôt des Equipages pour les passagers comme pour les permissionnaires de l'Armée navale. En 1919, il est rayé, remis en paiement à l'entreprise chargée du renflouement de l'épage de la Liberté, puis, en 1922 dépecé dans sa 37e année après 14 ans de service actif.

Le texte ci-dessus fait de large emprunts à un article de M. Jean MEIRAT paru dans "La Nouvelle revue maritime"

(1) Un mille marin = 1852 mètres.
(2) Un noeud = 1 mille à l'heure soit 1,852 km/h.
(3) Bordée = 1) Subdivision de l'équipage (tribordais, bâbordais),
                   2) Ensemble des canons d'un des côtés du navire et, par extension, leur décharge simultanée,
                   3) Route faite par un navire entre deux changements de cap, en gardant le vent du même côté,
                   4) Au sens figuratif, ripaille à terre.
     Bâbord = côté gauche du navire.
     Tribord = côté droit du navire.
(4) Mousqueterie = Dans la Marine, nom donné aux détachements armés de fusils.
(5) Muraille = Côté de la coque.
(6) Panneau = Couverture en planches fermant une écoutille.
(7) Ecoutille = Ouverture rectangulaire pratiquée dans le pont pour pouvoir accéder aux entreponts et dans les cales.
(8) Sabord = Trou carré pratiqué dans la muraille d'un navire et servant d'embrasure de canon.
(9) Coffre = Grosse bouée servant à l'amarrage des navire sur une rade.
(10) Baleinière = Embarcation de service des grand bâtiments, légère et pointue aux deux extrémités.
(11) Canot = Embarcation non pontée, mue par l'aviron, la voile ou un moteur.
(12) Chaloupe = Grand canot, lourd et robuste, pour le service des navires.
(13) Bossoir = Pièce de bois ou de fer saillant en dehors d'un navire et servant à la manoeuvre des ancres à jas; par extension coté avant d'un navire - Homme de bossoir = homme de veille sur le gaillard avant.
(14) Abattée = Mouvement d'un navire autour de son axe.
(15) Gabier = Matelot autrefois préposé aux voiles et au gréement, désormais à tout ce qui concerne la manoeuvre du navire.
(16) Can = (ancienne forme de "chant") - Face la plus étroite de la base des plaques métalliques qui cuirassent les navires.
(17) Drôme = Ensemble des embarcations, des pièces de rechange : mats, vergues, avirons, etc... embarqués à bord d'un bâtiment.
(18) Youyou = Petit canot permettant de faire la navette entre le navire au mouillage et le quai.
(19) Berthon = Canot en toile tendue sur arceaux selon un système repris plus tard par les youyous Bardaix et aujourd'hui Nautirais.
(20) Volée = Partie du canon comprise entre la bouche et la partie frettée portant les tourillons.
(21) Mât à pible = Mât formé d'un seul brin.
(22) Soufflage = Revêtement de planches appliqué sur la carène d'un navire, un peu au-dessus et au-dessous de sa flottaison, pour ajouter à sa stabilité.

 


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